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Apprentissage : le gouvernement recule au bout de 24 heures Apprentissage : le gouvernement recule au bout de 24 heures Le 18/07/2013

Face à la fronde des professionnels, artisans en tête, l'exécutif va compenser par un dispositif équivalent la suppression de l'aide à l'apprentissage dans les entreprises de moins de 10 salariés. Montant de l'opération ? 250 à 300 millions d'euros, soit la moitié de l'économie initialement présentée dans le cadre de la réforme de l'État mercredi.

La question de savoir si le gouvernement voulait tuer l'apprentissage se posait depuis hier, avec la suppression de 550 millions d'euros d'aides - soit 20 % de l'enveloppe qui lui est dédiée annuellement - dans le cadre des mesures d'économies liées à la réforme de l'État annoncées par Jean-Marc Ayrault. Cette disposition devait se traduire par la fin de la prime de 1000 euros (minimum, mais modulée selon la taille de l'entreprise) par an que touchaient principalement les entreprises de moins de 10 salariés recrutant un apprenti. Même l'Association des régions de France (ARF), contrôlée par les socialistes, s'était insurgée contre cette annonce qui n'était ni plus ni moins qu'«une erreur majeure en contradiction avec la priorité donnée à l'emploi des jeunes qui risquerait de casser l'élan en faveur de l'apprentissage». La CGPME avait jugé de son côté qu'il s'agissait d'un «mauvais coup porté aux entreprises s'engageant en faveur de l'apprentissage. Bien loin de les encourager dans cette voie, on chercherait à les décourager qu'on n'agirait pas autrement». Quant aux chambres de métier, elles menaçaient de devoir licencier 1300 personnes sur un total de 11.000. Soit 12 % de leurs effectifs!

Et bien le gouvernement a décidé de reculer pas moins de 24 heures après avoir fait son annonce. Si les services de Michel Sapin, le ministre du Travail, maintiennent bel et bien la suppression de l'aide à l'apprentissage, ils ont confirmé au Figaro qu'un dispositif spécifique aux entreprises de moins de 10 salariés sera mis en œuvre dans le projet de loi de finances pour 2014. En compensation. «On travaille dessus», assure un conseiller de Michel Sapin. Montant total de l'opération? 250 à 300 millions d'euros, estiment la rue de Grenelle et Bercy, soit la moitié peu ou prou de l'économie qui devait être réalisée au départ.

Confirmation de Michel Sapin et Bernard Cazeneuve

«L'UPA accueille avec satisfaction cette prise de conscience gouvernementale tout en regrettant que la mesure ne s'applique pas à l'ensemble des entreprises employant jusqu'à 50 salariés, a aussitôt réagi l'organisation patronale représentative des artisans, après en avoir eu la confirmation de la bonne nouvelle de Michel Sapin et de Bernard Cazeneuve, le ministre délégué au Budget. Cette décision va permettre de préserver l'efficience du contrat d'apprentissage: formation initiale adaptée aux besoins de l'économie, employabilité de l'apprenti, transmission des compétences et savoir-faire au sein des entreprises.» Personne ne sait à ce stade où ces 250 à 300 millions vont être prélevés et par quoi l'économie annulée par la mise en œuvre d'une nouvelle aide sera remplacée...

Cette décision de suppression sans compensation, somme toute compréhensible dans le cadre des économies que doit réaliser l'État pour tenir son engagement de ramener le déficit sous la barre des 3 % fin 2015, n'en était pas moins surprenante et surtout contre-productive. Et ce, pour deux raisons. Premièrement, le gouvernement a affiché l'objectif de porter à 500.000 le nombre de jeunes en alternance en 2017, soit une hausse de 12 % par rapport à aujourd'hui. Durement touché par la crise, l'apprentissage souffre déjà énormément et les entrées en formation ont reculé de 10 % à 15 % depuis deux ans. Facteur aggravant (mais cohérent avec les coupes décidées mercredi), le gouvernement n'a lancé aucune campagne de promotion de ces filières depuis l'élection de François Hollande et ce alors que l'équipe précédente avait mobilisé des moyens importants pour tenter de rattraper un peu le retard sur l'Allemagne. Outre-Rhin, l'apprentissage concerne plus de 1,5 million de jeunes par an.

Une révolution des mentalités est nécessaire

Deuxièmement, l'apprentissage est déjà le parent pauvre, et depuis longtemps, de l'éducation en France. La suppression récente pour des raisons dogmatiques des formules de préapprentissages dès l'âge de 14 ans n'avait rien arrangé même si trois écueils historiques freinent depuis longtemps son développement. Le principal, structurel, est culturel. Pour le lever, il faudra une vraie révolution collective des mentalités qu'on est encore loin de voir se profiler. L'alternance est en effet considérée en France comme une voie de garage plutôt que comme la voie royale vers l'emploi, ce qu'elle est pourtant avec des taux de débouchés atteignant parfois 70 %. «C'est un choix toujours négatif, dénonce régulièrement Henri Lachmann, l'ex-patron de Schneider Electric qui se bat depuis des années pour promouvoir cette filière qu'il juge au contraire comme d'excellence. Quand on ne sait plus quoi faire d'un élève, on le met en apprentissage, considéré comme une filière de l'échec.»

Peu de parents rêvent, il est vrai, de voir leur fils devenir plombier ou boucher. À tort, car ces formations à des métiers manuels difficiles, mais prisés par les temps qui courent, garantissent bien souvent à leurs bénéficiaires un emploi durable assorti d'une rémunération souvent supérieure à celle d'un jeune diplômé sorti de la fac. Et 9 jeunes sur 10 occupent le même poste trois ans après.

Le deuxième frein est éducatif. Pour une majorité d'employeurs, les apprentis ne sont pas suffisamment adaptés au monde de l'entreprise et les formations qui leur sont proposées méconnaissent leurs besoins. «L'entreprise et le centre de formation ne se connaissent pas suffisamment pour dépasser les logiques de leurs institutions respectives», jugeait, fin 2009, Henri Proglio, le patron d'EDF, dans un rapport commandé par Nicolas Sarkozy sur l'alternance. Depuis, rien n'a vraiment changé, ou alors marginalement, alors que les torts sont toujours partagés: les employeurs peinent à identifier leurs besoins et à communiquer sur leurs métiers ; les centres de formation sont incapables de proposer rapidement des formations adaptées.

Une réforme à la rentrée

Le dernier frein est institutionnel. La multiplication des dispositifs (la moitié des employeurs confondent contrat d'apprentissage et de professionnalisation), leur complexité, leurs incessantes modifications (notamment en termes d'aides publiques) et la paperasserie administrative qu'ils engendrent font que le recours à l'alternance est devenu tout sauf naturel dans l'entreprise. Et ce, surtout en période de crise où la recherche d'économies pour maintenir à flot l'outil de production est devenue une préoccupation quotidienne.

Le flou sur l'affectation des quelque 2 milliards d'euros générés par la taxe d'apprentissage - une moitié revient directement aux formations en apprentissage, l'autre dorénavant bloquée en valeur depuis la réforme de 2011 va aux grandes écoles ou aux universités - renforce encore un peu plus le manque d'engouement. Quant aux jeunes, qui sont ballottés entre leur entreprise, leur centre de formation et leur domicile, ils n'ont souvent pas les moyens de se loger, voire de se déplacer d'un point à un autre, pour suivre leur formation.

Retrouvez l'article original sur le figaro

source : le figaro

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